Baisses des marchés boursiers de Noël : pourquoi ces bûches ? Powell viré ?

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En cette fin d'année, on ne compte plus les « bûches » qu’ont prises les marchés boursiers. En cause, la hausse des taux décidée par la Fed.

Baisses des marchés boursiers de Noël : pourquoi ces bûches ? Powell viré ?

© SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

 

-4,2% en deux jours (les 20 et 21 décembre) pour le Dow Jones, -2% pour le DAX allemand, – 2,4% pour le CAC 40 et ainsi de suite : on ne compte plus les « bûches » qu’ont prises les marchés boursiers ! Quel Noël financier ! Mais que s’est-il passé ? La réponse est simple : Jerome Powell parle le 19 décembre et nous dit qu’il est confiant sur la croissance américaine pour les deux ans qui viennent ! Tout va bien. Après 3% de croissance en 2018, ce sera 2,3% en 2019, puis 2% en 2020, puis 1,8% en 2021, un ralentissement donc, mais qui correspond en fait au potentiel de l’économie. Normal, donc. En même temps, le taux de chômage baisserait à 3,5% l’an prochain (un minimum historique), puis remonterait doucement vers 3,8% en 2021 avec, à ce moment, 2,1% d’inflation seulement. De la croissance, pas de chômage, des salaires qui montent sans inflation : Jerome Powell pensait annoncer un bel ensemble de cadeaux ! Et donc, puisque c’est son métier, afin de bien garantir cette progression, il ajoute qu’il va monter les taux. Ce sera encore une fois en cette fin d’année, puis deux fois en 2019 et non pas trois comme précédemment annoncé, puis une fois et pas deux en 2020, puis plus rien. En fin de compte, puisque les choses vont toujours bien, mais un peu moins, il va continuer de monter les taux pour les régulariser, mais un peu moins.

Mais patatras ! Les « bonnes nouvelles n’en sont pas » : les marchés rêvaient qu’il arrête les hausses de taux, ce qui n’était pas possible. Ils pensaient au moins qu’il allait les freiner, ce qu’il a fait, mais en tenant des propos un peu moins toniques, plus compréhensifs, ce qu’il n’a pas fait. Les marchés américains broient du gris, mais la Fed et Jerome Powell du rose. Un conflit de vision qui ne pardonne pas, à court terme au moins.

Le « désastre » de communication de Jerome Powell, qualificatif donné par certains commentateurs américains, pouvait être évité ? Pas facile. Mais il aurait pu être atténué par un Powell plus prudent, moins allant, plus ouvert à modérer sa trajectoire : rien de cela. Plutôt, il se préparait à des questions plus politiques, plus précisément sur la façon dont il prenait en compte les réactions, violentes, de Donald Trump. Jerome Powell savait bien ce qu’il devait répondre, en mettant en avant ses obligations devant le peuple américain, donc le Congrès, avec le respect de son double mandat : autant d’emploi que possible sans inflation (autour de 2%). Il devait donc affirmer que les considérations politiques (Trump) n’avaient pas de place dans ses choix de politique monétaire. Il l’a fait, c’était obligatoire, mais il n’a pas pris en compte le mood des marchés, qui était ailleurs. Contre les marchés et contre Trump : c’est beaucoup.

Bien sûr, nous sommes là dans l’épidermique. On ajoutera que si les gestionnaires boursiers vendent en fin d’année, encaissant une perte sur les indices américains (modeste par rapport aux autres bourses), ils préparent une bonne année 2019, puisqu’ils achèteront moins cher ! On sait aussi que les dernières décisions militaires de Donald Trump (Syrie et Afghanistan) ne vont pas aider, moins encore la fermeture de certaines administrations (shutdown), le Congrès ne voulant pas financer « le mur » avec le Mexique. Les tensions vont monter partout, avec les Démocrates sur le mur avec le Mexique, avec certains Républicains inquiets des dernières décisions militaires, le tout en attendant que Robert Mueller dépose ses conclusions. Rien n’est donc sûr entre ces deux forces de plus en plus proches, États-Unis et Chine, pour ne pas perdre la face. Même chose aux États-Unis, entre Donald Trump et le Congrès. Sans compter les multiples foyers de tension qui naissent, gilets jaunes ou pas, Brexit ou pas.

Mais tout n’est pas forcément si « désastreux ». La croissance se poursuit aux États-Unis. La Chine a intérêt à un accord avec les États-Unis. La baisse du prix du pétrole soutient l’activité. L’Italie a trouvé un accord sur son budget avec Bruxelles… Des forces multiples pèsent, sinon pour une détente des tensions, du moins vers un ralentissement graduel de la croissance, pas une chute.

Pourquoi donc tant de bûches boursières américaines, avec 3% de croissance ? Parce que le soutien à l’économie y devient plus poussif et risqué ? Parce que le cycle mondial de croissance s’est retourné, et les anticipations de tous avec ? Pour beaucoup en effet, un revenu qui croît moins vite, c’est devenu un revenu qui décroît. Cette logique, typiquement boursière, serait-elle en train de se répandre partout ? C’est là un vrai danger, pour gâcher ce qui reste de fête.

Mais si l’on veut un vrai désastre, Donald Trump pourrait virer Jerome Powell, ce dont il aurait parlé selon Bloomberg « according to people familiar with the matteron conditions of anonimity». C’est juridiquement possible, le texte étant vague : il pourrait le virer comme Président de la Fed, pas comme membre du Board. Mais alors, à la place de « bûches boursières », ce sera un bûcher.


Atlantico

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