Jerome Powell et la Réserve Fédérale des Etats-Unis ont bien reçu le message de Donald Trump... mais sans l'admettre

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Jerome Powell, le Président de la Banque centrale américaine, a frappé, avec sa 4ème hausse des taux de 2018 le 19 décembre. Voilà donc les Fonds fédéraux (Fed funds) entre 2,25 et 2,5%, pour une croissance 2018 à 3%, avec un taux de chômage à 3,7% et une inflation à 1,9% (à rapprocher d’un objectif de 2 %).

Jerome Powell et la Réserve Fédérale des Etats-Unis ont bien reçu le message de Donald Trump... mais sans l'admettre

© MARK WILSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

 

C’était annoncé et répété, en dépit des cris de Donald Trump. Ne pas augmenter les taux aurait été se déjuger. La crédibilité de la Fed ne s’en serait pas remise, en tout cas pas celle de son Président : Jerome Powell.

Mais Jerome Powell, et le Comité qui gère et décide des taux à court terme, n’ont quand même pas pu ignorer la violence des attaques de Donald Trump, qualifiant presque Jerome Powell de « saboteur » contre sa volonté de soutenir la croissance américaine. Make America Great Again passe en effet, aux yeux de Donald Trump, par une croissance toujours plus forte, avec une mobilisation accrue des capacités techniques, financières et humaines du pays. On peut traduire cette politique en disant qu’il souhaite pousser la Chine à des comportements plus « coopératifs », ou bien être réélu, mais il est clair que, dans son esprit, la hausse des taux est plus un frein que la garantie d’une croissance qui continuerait sur un sentier plus stable, équilibré entre croissance et inflation. Trump n’est pas la Fed ! Et il ne pense pas qu’elle peut l’aider, en menant cette politique, au contraire.

Et pourtant, aux nombreuses questions posées à sa conférence de presse le 19 décembre après-midi heure de Washington (20 heures 30 heure de Paris) sur les influences politiques qu’il aurait subies, Jerome Powell a été catégorique : les questions politiques n’ont pas été abordées dans le Comité et n’ont joué aucun rôle dans ces décisions. Ce qui compte, c’est une inflation qui est toujours faible, à 2 % environ, même en quasi plein emploi et avec une hausse graduelle des salaires de 2 % l’an dernier à 3 % actuellement. Ce qui compte, c’est la situation du pays, et le mandat de la Fed, pas la politique !

Pour autant, Donald Trump et la politique, sinon sa politique, ont été quand même pris en compte. En effet, les prévisions de croissance de la banque centrale américaines pour les années à venir sont revues un peu à la baisse : 2,3 % pour 2019 contre 2,5%, la suite restant 2%. C’est ainsi, parce que des contre-courants sont apparus dans la croissance pour 2019 (même si le taux de chômage continue de baisser vers 3,5 % avec 2 % d’inflation) que la Fed revoit le rythme de ses hausses de taux. Ces contrecourants viennent surtout des tensions sur les droits de douane et les échanges. Alors, il n’y aura pas 3 mais 2 hausses de taux en 2019, pas 2 mais 1 en 2020, pas 1 mais 0 en 2021. Le point bas du taux d’équilibre est ainsi « touché » à 2,3 %, montant graduellement à 2,9 % en 2019 puis 3,1 % en 2020 et 2021. Jerome Powell a revu son rythme de hausses : 2, 1, 0 et surtout avoué qu’il avait touché la limite basse de son taux neutre, son objectif, à 2,3 %. C’est beaucoup !

L’exercice monétaro-politique de la Fed est ainsi paramétré pour les mois qui viennent, avec l’idée de commenter chaque mois la situation économique et les décisions, en fonction du sentier ainsi décrit. La Fed ne se veut plus comme un guide, compilant toutes les données et analyses possibles, pour éclairer le futur. Elle se veut dépendante des données, fin de la forward guidance, bonjour le data dependant ! Ce sera compliqué !

Jerome Powell s’ajuste ainsi à un monde plus heurté. Il va continuer à vendre chaque mois 50 milliards de dollars de sa cagnotte de bons du trésor et n’entend pas en modifier le montant. Donc il parlera 8 fois l’an prochain pour 2 hausses de taux. Il lui faudra meubler entretemps. Mais si le pétrole continue de baisser, ou au moins de se stabiliser entre 50 et 60 dollars le baril, si les salaires montent peu avec des gains de productivité, le plein emploi à 2 % d’inflation et 1,8 % de croissance est possible. Ceci ferait que les États-Unis ont réalisé la plus longue phase d’expansion de leur histoire. Il sera temps, alors, de s’occuper de la récession, qui « devrait » être imminente, en baissant les taux, mais à 3,1 % de taux à ce moment (2021), il n’y aura pas beaucoup de munition.

Si Jerome Powell est encore là, autrement dit si Donald Trump ne l’a pas fait partir, et si Donald Trump est là, autrement dit s’il est réélu, nous aurons droit à de furieuses invectives. Mais les marchés s’y habitueront peut-être. En revanche le terrain actuel de l’économie mondiale : croissance soutenue, plein emploi et absence d’inflation est, lui, franchement nouveau. Va-t-il s’infléchir ? Se casser ?


Atlantico

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